PROTOCOLES META PROTOCOLES META




RUBRIQUE : Protocoles méta
Lexique méta
Lexique méta (1994)
À partir du préfixe méta, voici un vocabulaire qui est un jeu de déclinaisons, d’associations et de déplacements de substantifs et d’adjectifs - afin d’expérimenter une approche autre, un au-delà de l’art : méta-sujet, méta-lieu, méta-conférence, protocoles méta … Oui simplement circonscrire, créer une constellation provisoire de termes, tel a été notre premier souci à travers l’arraisonnement du préfixe méta-. C’est un préfixe qui, bien que disgracieux, demeure nécessaire pour permettre des décalages, des écarts, des déplacements…Méta est toujours suivi d’un trait d’union qui doit petit à petit se dissoudre et dissoudre ce qu’il unit provisoirement en autre chose… Oui, on oublie trop souvent le trait d’union, qui est aussi une limite, le début d’autre chose…

"Un lexique" (1994)

Les "protocoles méta-" (Agencement d’outils d’expérimentation) Mét(a) est un préfixe qui exprime ici : la participation, la succession, le changement. En fait il s’agit de revisiter d’une manière expérimentale :

• La notion sujet et la topodynamique de ses activités et de ses manies (le méta sujet avec ses corps et ses produits : sécrétions, signes, artefacts... méta-activité et méta-corps...).

• La topographie des lieux d’activités (méta-atelier, méta-lieux...).

• Ce qui nous conduit à revisiter le mode de communication (méta-conférence, éditions furtives...) en s’appuyant, entre autres, sur un vocabulaire simple (registre-indices de matériaux et de gestes : méta-écriture, méta-sculpture...) et sur des actions banales (paroles, activités d’arrangements avec des protocoles et des dispositifs souples (méta-activité).

Comme une esthétique de l’existence et malentendus (juin 2003) : Si une partie de l’art a cherché son autonomie et sa légitimité en s’alliant au marché de l’art, une autre partie a choisi de s’aventurer en dehors des lois du marché, afin d’acquérir la liberté de ne pas produire continuellement... Ce qui prédomine dans la plupart des tendances qui se sont succédé, sur ce second versant de l’art, c’est :
- soit la volonté de faire de la vie de l’auteur une expérience à part entière en tentant de lui donner une forme, un “style” ;
- soit de penser l’existence tel un atelier où les tâches sont à explorer jour après jour dans l’impermanence des faits et dans le devenir insu. Mais aujourd’hui l’art est-il toujours le seul garant de « l’illusion esthétique » ? Pour l’artiste réellement expérimentateur, l’art n’est-il point devenu le tenant lieu d’une réalité, la production d’un mode d’apparaître et de disparaître à part entière, qui n’a pas à être justifié autrement que par la construction d’une « existence » ? Non plus un art mais une activité qui ne dirait plus son nom ? Non plus une esthétique mais une "politique" ? L’expérimentation est ici considérée comme une pratique artistique à part entière, qui ne débouche pas forcément sur un produit finalisé, elle demeure son propre objet ; c’est une activité ouverte aux rencontres, aux aléas et vouée à « l’impermanence »... De là découle l’idée qu’il faut requestionner le comportement artiste en explorant les conditions d’un méta-sujet et de ses méta-activités...

Méta-sujet : Le méta-sujet est ce qui succède à la notion de sujet-artiste, qui succède à l’ego expérimental. C’est un gymnaste de l’hors-soi. Il est capable de ce qui lui est étranger. Tout un être-au-monde est à re-questionner dans son activité continue entre mental, corps, dedans, dehors, dans ses fluctuations, etc. Acteur polymorphe - plus encore : métamorphe sans cesse en devenir... Le méta-sujet invente sa position par rapport à l’art. Il ne cherche pas à créer un nouvel art, mais une autre conscience - c’est cette conscience, cette philosophie de l’existence qui déterminera l’exploration des formes fluctuantes de son art de vivre et de faire, sa praxis.

Méta-lieu : Le méta-lieu est ce qui succède à l’atelier et au lieu d’exposition. C’est un "gymnase" de l’agir et de la pensée. Il est "institué"- provisoirement suivant les contextes et les circonstances - par un ou plusieurs méta-sujets. La simple réunion de méta-sujets peut constituer un méta-lieu, par exemple autour d’une table : la table peut devenir un méta-lieu...

Méta-activité : Énigmatique, métamorphe ou très simple, la méta-activité peut se dérouler n’importe où et prendre des formes très diverses. La méta-activité est ce qui succède à la notion d’activité productrice ou créatrice. Elle continue à interroger des notions telles que le travail, l’activité humaine - mais avec un certain détachement - ne faisant pas de différence significative entre économiser et dépenser. Dispositif de niques ("petites choses"), hors du fantasme de signifiance : aller vers le je-ne-sais-quoi et le sans lien... Économie provisoire et transitoire : agir avec grâce et volupté, légèreté et sérénité, autant que possible.

Méta-culture : La méta-culture est tentative pour dévier les effets uniformisant de la mondialisation culturelle. C’est une culture intermédiaire. Derrière une culture, comme derrière un langage, se bricolent des façons d’être. La méta-culture vient de la nécessité de réinventer les rapports entre la tradition et la modernité, entre l’histoire et le devenir, entre le politique et l’esthétique, pour une esthétique de l’existence. La méta-culture est irriguée par une conscience des malentendus interculturels, pour une nouvelle politique d’émancipation.

Méta-conférence : Voici un descriptif de ce qu’a pu être jusqu’alors une méta-conférence, il va de soi que la forme est totalement évolutive et modifiable, seuls les principes de déambulations et de variations (simultanéité / consécution / déplacement...) restent permanents. « Pendant un ou plusieurs jours , un où plusieurs espaces sont investis et aménagés à la fois tel un déambulatoire et un chantier constitué par de multiples sites d’activités. Plusieurs protagonistes peuvent l’investir simultanément. L’ensemble devant permettre de produire des combinaisons d’actions entremêlant lectures, dessins, transformations de matériaux, danses, gestes sonores, et diverses autres tâches. Chaque site est en lui-même comme une partition de matériaux et de gestes. La répartition dans tout l’espace de ces sites permet des “dévals” d’activités, dont l’intensité et la vitesse sont aléatoires. Le public peut passer et repasser, stationner, s’asseoir, etc., pour voir l’évolution du chantier à divers moments. Une anticipation de programme permet au visiteur de pouvoir se situer dans la durée et l’état du chantier. Le temps et l’espace étant pris ici comme des matériaux au même titre que les autres dans le dispositif. Pas de hiérarchie dans les actes, ils se succèdent et se combinent en fonction des déplacements, des situations dans le temps et l’espace. Concasser des pierres, donner de l’eau à des grillons, s’asseoir devant l’ordinateur et consulter un site internet, la tête recouverte d’un capuchon, dessiner sur le mur, casser une assiette, lire un texte à propos de pommes de terre en “parler-marteau”, déclencher le passage d’une vidéo, croiser quelqu’un, sourire - autant de choses, autant de gestes : les lieux sont transformés en déambulatoire, gymnase, conversation, élevage, dispensaire d’hétéropraxie et d’hétéronymie... Au cœur du dispositif, se développe un chantier (gymnopraxie). Activités : aménager, ruminer l’espace... le construire, l’installer, le désinstaller. Lecture puis poursuite activité méta-conférence ...Vidéo puis poursuite activité . Déjeuner puis engeance de conversations d’objets et de méta-corps. Action puis poursuite activité. Lecture puis poursuite activité. Action puis poursuite activité méta-conférences ... Chaque méta-conférence est l’occasion d’expérimenter et de vérifier les rapports entre divers médium et de mettre en état de “conversation” divers points de vue et des variétés de comportements. Il s’agit , entre autres sur quelques heures, de transformer un espace en un méta-lieu : en un dispositif d’installations et de déambulatoires où s’entrecroisent différents protagonistes qui ont mené des activités et des propos divers et multiples. A la Halle aux poissons de Perpignan (octobre 1999), ces activités étaient organisées tels des agencements et des combinaisons de “tableaux vivants”à partir d’activités ou d’images qui avaient été présélectionnées (appartenant au registre avec lesquels nous avons l’habitude de travailler). Les articulations entre les activités de longues durées, les actions courtes et les gestes furtifs, ont été organisés en tenant compte des sites, des vitrines, du contexte générique... Par nature fragmentaires, toutes les propositions purent subir des boucles, des répétitions, des variations de vitesses, d’interprétations, faire/défaire, suspendre/reprendre, faire seul ou à plusieurs, simultanément ou en relais, espacé ou concentré... les reprises, les poursuites, les modifications, l’inversion, toutes les combinaisons étaient possibles... Différents régimes ont été proposés, alternés, combinés pour réaliser les activités : cela allait du ralenti, au figé, comme du ralenti à la rapidité extrême. Des relais eurent lieu entre les différents participants pour poursuivre ou refaire des actions... »

Jean-Paul Thibeau
4 février 1996




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