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RUBRIQUE : Bibliothèque des textes
Pratiques collectives : un outil indispensable
« Nous avons besoin d’expérimenter de nouveaux modes d’existence collective. Nous avons besoin d’acquérir des forces pour résister à ce monde. » (David Vercauteren)

Les médias audiovisuels et la presse nous renvoient de plus en plus l’image de formes de mobilisation s’appuyant sur des « collectifs citoyens » constitués en réponse à des problèmes bien délimités : un projet touchant à l’environnement, la fermeture d’un service public, la défense de personnes opprimées etc.

Ces collectifs rassemblent des individus, des associations, des syndicats, d’autres collectifs, si ce n’est un mélange de ces diverses composantes. Organisés en réseau, ils doivent répondre instantanément à une situation mobilisatrice comme par exemple l’expulsion iminente de sans-papiers ou la destruction d’un site naturel. Pour cela, leur fonctionnement est très éloigné de celui des associations formelles. Alors que les médias persistent à mettre en scène des leaders charismatiques (ou détestables), ces collectifs ne sont souvent pas hiérarchisés et les décisions y sont prises de manière consensuelle.

Lorsqu’un collectif est constitué en association loi de 1901, ce mode de fonctionnement est profondément bouleversé. La délégation de pouvoirs à des représentants élus pour une période limitée met en place une forme de démocratie représentative qu’il peut être judicieux de combiner avec la démocratie délibérative (basée sur le consensus). Cette combinaison peut être réalisée par le biais de listes de discussion.

Ce nouveau paysage de l’engagement citoyen sous des formes multiples incite les militants à une plus grande perspicacité sur le fonctionnement interne des groupes. Si les règles du jeu ne sont pas bien définies, il est facile à un individu ou une minorité active - même avec les meilleures intentions du monde - d’occuper une place prépondérante conduisant tôt ou tard à des abus de pouvoir... Des militants enthousiastes au début de l’action peuvent se démobiliser pour des raisons qui tiennent plus au fonctionnement interne du groupe qu’à ses échecs sur le terrain de l’action. Ces militants abandonnent sans expliquer pourquoi, ou en fournissant à leur insu un faux prétexte.

Lutter ensemble c’est aussi vivre ensemble, d’une certaine manière. S’il s’agit d’une coexistence morcelée dans le temps et dans l’espace, parfois limitée à des échanges sur Internet, elle n’échappe pas aux problèmes de communication et de pouvoir que l’on peut désigner comme ceux de la « micropolitique » du groupe, par contraste avec la « macropolitique » des stratégies d’action. La micropolitique est faite de questions dont les plus pertinentes se posent après une série d’échecs ayant entraîné la dissolution du collectif. Dans le climat de ressentiment qui s’ensuit, les réponses risquent d’être superficielles et peu propices à une meilleure compréhension des pratiques collectives.

C’est ici que l’étude de David Vercauteren Micropolitique des groupes — pour une écologie des pratiques collectives (HB Éditions 2007) peut rendre un service considérable. David et ses collaborateurs ont fait l’expérience sur plusieurs décennies d’engagements militants qui ont connu des succès et des échecs. Ils nous font bénéficier de leur expérience basée sur une analyse fine des dysfonctionnements de leurs groupes.

Leur ouvrage (237 pages) se présente comme une petite encyclopédie dans laquelle le lecteur peut naviguer à partir de points d’entrée qui « font problème », par exemple : rôles, assembler, décider, réunion... Des parcours sont proposés pour les « groupes en cours de formation » et les « groupes en crise ». Chaque chapitre renvoie à d’autres mots-clés.

La lecture de cet ouvrage peut déboucher sur une mise en pratique immédiate à l’occasion de l’organisation d’une réunion susceptible d’engager l’avenir du collectif ou de son action. Combien de fois avons-nous déploré ces réunions qui « partent en vrille » avec des prises de parole tournant sempiternellement autour de questions sans issue ? Et si c’était le moment de faire un « pas de côté », de questionner le fonctionnement du groupe et la répartition des rôles, d’assigner de nouveaux rôles à des personnes peu sollicitées, ou encore de revenir sur les engagements collectifs et individuels en prenant de la hauteur ? Micropolitique des groupes contribue remarquablement à ce travail de réflexion et de renouveau.

Micropolitique des groupes — pour une écologie des pratiques collectives
David Vercauteren
Forcalquier : HB Éditions, 2007.
http://www.hb-editions.com/fo/a/175.html

Pour aller plus loin, mes notes de lecture :
http://wiki.naissance.asso.fr/index.php ?pagename=MicropolitiqueDesGroupes

Bernard Bel
19 mars 2008




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